Majesté, Amîr Al-Mûminîn :
Au terme de ce prologue, espérant digne du glorieux Imamat, les oulamas membres du Conseil Suprême et la commission chargée de la fatwa (consultation juridique) ont l'honneur d'approcher Votre Majesté, assistée de Dieu, afin de lui manifester l'immense bonheur et fierté d'être requis à la consultation relative à l'intérêt temporel (al-maslaha al-mursala) Intérêt à apprécier en rapport avec la gestion des affaires publiques et en adéquation avec les orientations de l'immaculée charica (la Loi islamique).
Une initiative policée est-ce là, Majesté, d'ample perspective et de profonde teneur. Elle a rendu présente à l'esprit une conduite noble, vécue par notre communauté à l'âge de sa gloire politique et de son rayonnement civilisationnel, lorsque les califes et les souverains déléguaient les oulamas à traiter des questions à portée sociale considérable.
Les souverains du Maroc ont pérennisé cette tradition, veillant à ne jamais faillir à l'attache des oulamas, à l'orientation et au soutien du savoir.
Votre vénérable père, Hassan II que Dieu bénisse sa mémoire, illustrait merveilleusement ce dialogue avec les oulamas. Il contribuait à la science religieuse et professait de pénétrantes réflexions doctrinales.
Majesté Amîr Al-Mûminîn,
Les oulamas de Votre Royaume n'ont pas manqué de s'imprégner des signes émis par Votre Majesté. Ils ont pris conscience des déclarations que Vous n'avez cessé d'adresser à l'institution des oulamas, espérant la voir occuper la place qui lui permette de contribuer judicieusement à édifier le Maroc de la tradition et de la modernité, fier de son identité musulmane et assumant les tâches que requièrent l'intégration au monde actuel.
Majesté, Amîr Al-Mûminîn,
Le discours de Votre Majesté, lors de l'inauguration de la première session du Conseil Suprême des oulamas, tenu à Fès le vendredi 1er Joumada II 1426/8 juillet 2005, a été, à l'instar des orateurs, éloquent, laconique dans l'expression, pertinent de par sa puissante teneur relative à la personnalité de l'Etat en Islam et à la concomitance du religieux et du politique. Il va sans dire que la mission fondamentale de l'Etat est la protection de l'Islam tandis que les oulamas y représentent l'organe d'expertise compétent uniquement à déterminer la finalité de la Loi.
L'Etat islamique est un Etat civil à substrat musulman. C'est pourquoi l'imam Al-Bâqillânî avait affirmé : "les musulmans ne se font pas gouverner par un élu divin à l'abri du péché (macssûm) ni par un devin qui pénètre les voies de Dieu (câlim al-ghayb)".
Majesté, Amîr Al-Mûminîn,
L'Etat marocain a depuis sa fondation choisit la conduite religieuse, qu'il a privilégié aux dépens de toutes les éventualités par lesquelles Dieu a comblé l'humanité.
Vous êtes demeuré, Majesté Amîr Al-Mûminîn, fidèle à la tradition de Vos prédécesseurs. Vous avez, à chacun de Vos discours religieux et politique adressés à la nation, témoigné de Votre attachement à ces dispositions, soucieux de garantir l'identité religieuse des Marocains et d'asseoir l'unité nationale. Ces dispositions se distinguent par la souplesse, le juste milieu (al-wassatiya) et la modération. Ceci favorise l'ordonnance jurisprudentielle à accompagner l'évolution, à consentir à l'ijtihâd au sujet des novations, sans néanmoins qu'elle se dessaisisse des fondements. Le fondement notamment de l'intérêt temporel (al-maslaha al-mursala), lorsque est patente l'absence de tout énoncé irréfutable, issu de la Révélation, la sunna et l'ijmac (le consensus). L'Etat marocain a déployé cette voie à l'ensemble des domaines : le dogme, les transactions humaines (al-mucamalat), la fatwa et la justice.
D'où la réponse que les oulamas s'apprêtent à remettre entre Vos mains bénies. Réponse qui est soutenue par des preuves péremptoires selon l'avis jurisprudentiel et ainsi atteste que la compétence légiférante de l’Imam couvre au moins trois domaines :
domaine qui n’est concerné par aucun énoncé irréfutable (de la charica) ;
domaine relevant du dissentiment jurisprudentiel ;
domaine qui prédispose à l’accomplissement d’une réelle action de bien.
La Loi a pris soin de circonscrire l'intérêt et de lui définir des limites claires, discernant le bon du mauvais avant de permettre sa mise en pratique.
Du moment que la réalisation de l’action de bien est ce à quoi aspire la Loi, l’Imam suprême, de par son pouvoir exécutif et sa capacité à faire converger l’ijtihâd, demeure le seul habilité à fixer les moyens pour la réalisation des intérêts réels et prémunir des nuisances qui peuvent sembler des actions de bien.
La jurisprudence fait d’ailleurs état d’une classification objective des enjeux et des priorités selon leur importance. Elle privilégie d’abord ce qui est vital, considère ensuite ce qui est nécessaire et enfin retient ce qui est recommandable.
Grâce à cette démarche, à l'ijtihâd persévérant et à l'investigation sérieuse, le Maroc peut prétendre à une position prépondérante dans les efforts mondiaux à réglementer la préservation des droits de l’homme en général, ceux en particulier de la femme, de l’enfant et des infirmes.
Que Dieu glorifie Amîr Al-Mûminîn
Qu'Il le maintienne tout inexpugnable
Qu'Il le protège dans son intimité et sa manifestation, sa mobilité et sa retraite
Qu'Il le comble ainsi que son peuple de la présence de l'héritier, son altesse le prince Moulay Al-Hassan
Qu'Il l'affermit par la grâce de son heureux frère, son altesse Moulay Rachid
Et toute Sa bienveillante famille
Dieu est omnipotent, de la prière Il en est l'exécutant
Que la paix soit sur Amîr Al-Mûminî
Mésirécorde du Très-Haut et ses bénédictions.