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La mission des oulama dans le contexte du choix démocratique
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M. Ahmed TAOUFIQ a présenté une conférence à Dar El Hadith El Hassania à Rabat sur le thème: « la mission des ulémas dans le contexte du choix démocratique ».
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Louange à Dieu Seigneur des univers et que prière et salut soient sur l’ultime Messager, sur les Siens et ses Compagnons bienveillants. Honorables Ulamas, Honorables Alimâtes,
L’association des ulamas, anciens lauréats de Dar Al-hadith Al-hassania, m’a honoré de prendre la parole sur un sujet conforme à ses préoccupations, en cette conjoncture-ci, nationale et internationale. Partant d’affinités communes, il m’a semblé opportun, et que Dieu m’assiste, d’aborder une question relative à la transparence dont dépend une partie de l’aménagement du fait religieux. Le titre de notre propos la met d’emblée en évidence : « la mission des ulémas dans le contexte du choix démocratique ». Nos pieux prédécesseurs, que la bénédiction de Dieu soit sur eux, avaient pour coutume (sunna) de reconsidérer les cas et les sentences en fonction de l’évolution historique. Celle-ci se rapporte aux innovations qui ont affecté la vie du Maroc, Etat, société et umma (communauté), par suite de l’instauration de la Constitution au lendemain de l’indépendance et des amendements des Constitutions renouvelées qui ont ordonné les assises du choix démocratique fondé sur la consultation du peuple, l’établissement du parlement représentatif, l’adoption du pluralisme partisan, la codification de la relation entre les gouvernants et les gouvernés, en plus des différentes transactions sociales, des conduites, de la préservation des libertés à régler sur les impératifs de la loi.
Ce sont là des choses graves, au sens de solennelles, qui ont investi la vie du peuple, ont commencé par degrés d’instruire son progrès dans les domaines du développement global, à l’instar de la politique et de la pensée. Aussi toute approche analytique strucuturaliste ne peut-elle ignorer le poids que ces éléments représentent, autrement dit devrait-elle reconnaître les relations inédites que les novations évoquées auparavant ont dû provoquer dans les autres composantes classiques, au niveau de l’acte, de l’organisation et des fonctions. Du moment que les ulamas, en tant que des acteurs politiques, intellectuels et sociaux, sont un pilier séculaire pour notre société musulmane, du moment également que les dites innovations entretiennent dans le contexte du choix démocratique une relation d’implication et d’organisation avec les domaines de l’action classique des ulamas, l’exposé de leur mission à la lumière des données du nouveau contexte s’avère incontournable pour le débat et la délibération, non seulement en vue de ressortir la substance des aspects de la réalité présente mais comme aspiration à la concordance constructive à propos de laquelle l’on ne peut anticiper en supposant : est visée la clarification de ce qui demeure comme rôles aux ulamas à la suite de la redistribution effective de ces rôles. Peut-être, l’examen méticuleux conduirait même à l’exploration de nouveaux horizons à leur mission qui la feraient prévaloir sur les précédentes, sans toutefois omettre de souligner que dans le nouveau contexte, l’idéal qui a, tout au long de l’histoire, lanciné les ulamas s’est concrétisé alors qu’ils aspiraient à une terre fertile où, sans mettre en péril ni âme ni religion, planter l’arbre béni et fécond de la foi en Dieu.
Il va sans dire que celui qui traite notre sujet relatif à la mission des ulamas, au Maroc notre patrie, ne peut volontairement ignorer les deux conférences essentielles prononcées, sous le même titre, par le professeur Mohamed Al-fassi, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde. La première en 1957, lors d’un colloque organisé par le ministère de l’éducation nationale à l’intention des ulamas, la seconde en 1973, convié par l’association qui justement me reçoit, celle des anciens lauréats de Dar Al-hadith Al-hassania. Quoiqu’elles soient de l’une à l’autre inégales d’inspiration et d’état d’esprit, les deux conférences sont moins redondantes que complémentaires. La présentation des éléments successifs qui articulent leur énoncé nous semble judicieuse pour introduire de manière explicite le fond de la problématique de notre exposé : la place des ulamas, étant dépositaires d’une mission et d’un message, dans le paysage des acteurs intellectuels, politiques et sociaux que le progrès global a générés, progrès qui requiert une discipline grâce aux règles du choix démocratique ; leur part également de chances et de possibilités auxquelles prédispose ce choix.
Le professeur Allal, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, affirme dans la première conférence que la mission des ulamas est depuis toujours la même, procédant de la nature de la prédication dont ils ont la charge. Pour ce faire, ils investissent une culture propre à cette nature-ci, qu’ils dédient à trois objectifs : L’éradication de tout égarement de la religion. La relégation des apocryphes des blasphémateurs. Le redressement des interprétations des incultes.
L’accomplissement de cette mission requiert la connaissance de la religion en soi, aussi la détermination de la position de la religion musulmane par rapport aux diverses religions, aux théories et pensées humaines séculaires.
Le professeur Allal Al-fassi considère que la prédication et la culture désignent deux concepts à teneur identique. Après cette affirmation, il passe en revue l’évolution des sciences islamiques, depuis la prime apparition animée par le souci de pénétrer le message du saint Coran. Pour ce faire, il s’appuie sur un livre manuscrit de Mohamed At-tarânbâtî, dont il possède une copie, intitulé Bulugh aqsâ al-marâmi fî charafi al-ilm wa mâ yataallaqû bihi mîna al-ahkâm. Au fil du discours sur ce processus de formation de la science islamique, le professeur souligne que l’effort a privilégié l’orientation de la dynamique humaine sociale vers l’épanouissement de l’éthique, ou en termes plus précis vers la connaissance de soi de l’homme. C’est pourquoi les ulamas ont préconisé la purification de l’égocentrisme et des plaisirs de la chair comme modèle à l’âlim religieux pour qu’il puisse effectuer sa mission. N’est-il du reste pas vrai que les maîtres savants ont préserver la Tradition (sunna) de la perte et non les sabres de la guerre ? De cet exemple de défense de la sunna, il y a lieu d’évoquer le rôle dévolu à l’institut Al-qaraouiyîn de Fès dans l’expurgation de la tradition litté rale (al-manqûl) et l’élaboration du raisonnable.
A ce propos, le conférencier renvoie au discours du docteur Omar Fouroukh. Ce dernier conclut que la prégnance de la raison (aql) a distingué les travaux des ulamas marocains, qu’ils ont par ailleurs fait valoir dans l’unification de la société et l’abstention de s’ingénier à la métaphysique dont les questions ne s’entendent que par le naql (la tradition littérale) ; ils ont en outre envisagé dans leur philosophie sociale une société qui se fonde sur la solidarité. Les soufis se manifestaient également, aux côtés des ulamas, en tant que groupe socialement actif. Ils sont parvenus à mettre leur expérience spirituelle au service de la société et à s’associer à l’apaisement des besoins.
Les marocains ont par conséquent apprécié la mission du savant religieux non seulement dans les limites de la recherche et de l’enseignement mais aussi dans l’engagement à fournir des efforts destinés à l’homme, à l’amélioration de son bien-être et de sa condition morale. Les musulmans doivent faire preuve de dynamisme parce que les générations postérieures (khalaf) se sont par-dessus leur épaule laissés aller à la pseudo-métaphysique dont la diffusion est le fait de complots fomentés par des Etats que l’Islam a acculés à la résignation. Or, la promesse prophétique s’est manifestée consacrée par l’apparition d’ulamas qui s’interrogent sur le déclin des musulmans, déclin qui résulte en somme selon Mohamed Abdou de trois causes : L’élément exogène introduit par les profanateurs. Le despotisme des gouvernants. La courtisanerie des ulamas.
Aussi, l’âlim musulman ne recouvrerait-il sa dignité que s’il effectue le retour à la religion authentique, par le biais de l’effort intellectuel (Al-ijtihâd), la vision purifiée et la lutte contre l’autocratie et le despotisme. En vue de cette réforme, Mohamed Abdou a appelé à trois oeuvres : L’affranchissement de la pensée de la coercition des traditions et la compréhension de l’Islam à l’instar du salaf (les prédécesseurs pieux) avant la Grande Discorde. La réforme de la langue arabe. La distinction entre le devoir d’obédience aux gouvernants et le devoir du gouvernement envers les gouvernés.
A ce sujet, Allal Al-fassi cite un autre éminent penseur musulman, Mohamed Al-bahiy, dont il partage l’opinion sur les intrigues coloniales pour avoir prédisposé à l’Occident la classe des lettrés musulmans. La conséquence en a été l’aliénation intellectuelle, étant donné que cette classe est, dans tous les pays islamiques, de foi perturbée, libertine, matérialiste de pensée, laïque en politique ; laïcité qui, d’après le conférencier, explique les faits de manière à abstraire l’ordre de Dieu.
Alors que les peuples musulmans regorgent de bien, il s’est malencontreusement produit un vide dans l’orientation de la masse (al-âmma). Ce vide est à résorber par la réinvestiture des instituts islamiques dans leur rôle de flambeau gardiens de la langue arabe, de l’enseignement de la religion et sa défense ; là réside en définitive le devoir des ulamas musulmans. Ces instituts auront pour tâche d’initier le développer du fiqh (la jurisprudence musulmane) afin qu’il prélude à l’érection d’un droit islamique unifié, à l’instar de la proposition de Abd Arrâzzâq Assanhûrî, savoir l’étude du fiqh à la lumière du droit comparé.
Par ailleurs, il est indispensable de fonder un institut affecté à l’étude de l’éthique et du dogme, où seront menées des recherches comparatives des doctrines selon les différentes philosophies et théories.
Le professeur achève sa première conférence par ces mots : « la formation n’advient pas avec la connaissance et l’éminence de la pensée seulement, elle requiert en parallèle une conduite musulmane indubitable qui imprègne l’éducation des étudiants et permet aux ulamas d’illustrer par eux-mêmes le modèle exemplaire, parce que l’éducation spirituelle est plus sincère que l’éducation par l’acquisition intellectuelle.
Que Dieu ait en sa sainte miséricorde le professeur ! tel il s’est prononcé depuis quarante cinq ans. Il est rentré d’Orient pourvu d’une rare érudition qui ne disconviendrait guère aux propos de Ibn Khaldûn sur le Mahdi Al-mouwahhidî : « il est revenu une flamme incandescente », ni à l’expression du cheikh Al-jâzûlî : « un éclair pour un éclairé ». Cet homme qui a adopté l’autocritique comme méthode pour juger l’âme nous autorise à appliquer à sa conférence une lecture actualisée. Dans ce cas, elle nous révèlerait des idées étonnantes, un auteur tourmenté et inquiet. Nous retrouvons en lui ce qui a été d’usage chez les penseurs musulmans à chaque fois qu’ils argumentaient au sujet de l’ilm (la science) et des ulamas, c’est-à-dire la pondération de la valeur des connaissances du point de vue de leur autonomie et leur tendance au sacré relatif surtout à la science religieuse, et d’un autre côté le soin de lier la science au modèle exemplaire et la conduite. Allal Al-fassi illustre la grande ouverture qui presque englobe l’horizon de l’humanité dont les expériences historiques lui semblent une des références nécessaires à la compréhension de la religion. Il adhère également à la salafiya de Mohamed Abdou et Rachid Réda pour qui le déclin est dû à l’égarement de la voie de la religion et à la perméabilité aux intrusions. Il reconnaît enfin l’exemplarité de la conduite à laquelle les soufis servent de référence majeure. La personnalité de l’âlim telle que le conférencier l’envisage transparaît en filigrane dans ces idées : un homme de prédication convaincu, susceptible de la transmettre dans et par les instruments contemporains, notamment s’il montre de l’entregent, se montre homme de confiance en contentant les besoins des gens, s’il se prémunit des tentations de la chair et des délices.
Quinze années après l’indépendance du Maroc, durant lesquelles il s’est évertué à l’écoute de l’expérience politique immédiate, le professeur paraît moins enclin à l’énoncé académique théorique des faits. Il a plutôt, en cette année, bilan d’une période (1967-1973) marquée par les événements et les évolutions de par le monde, au Proche Orient et au Maroc en particulier, tenu à rappeler aux lauréats de Dar Al-hadith le modèle de l’âlim authentique qui concilie la culture générale avec la spécialisation, tenu à les prévenir de la nécessité de s’informer du progrès auquel atteignent les sociétés modernes et des courants conflictuelles de cette époque.
Toujours est-il que cette information à propos de l’avance prise par l’Occident n’a pas à constituer un complexe d’infériorité. Il indispensable que la science recouvre sa valeur de sorte qu’elle soit intime à la religion, aussi de dénoncer les contradictions des générations tardives (al-khûlûf) fières d’une propagande que leurs agissements dénient même. Certes, Allal Al-fassi rappelle une fois encore le devoir qui incombe aux ulamas d’oeuvrer aux études et aux approches comparatives afin qu’ils puissent s’acheminer à de nouvelles connaissances, mais à ses yeux demeure d’envergure capitale la revue des modèles des ulamas prédécesseurs dont la vie était l’exemple éminent du militantisme pour la proclamation de la justice et sa diffusion. Il en cite Dérar ibn Damra, Churayka, Sufiân Attawrî célèbre pour son dialo gue téméraire au Calife Abû Jafar Al-mansûr, Abdu Allah Al-mubârak, Al-imam Mâlik, Abû Hazm Azzâhid, Al-imam Al-acharî, Al-bâqilânî, Al-ghazâlî, Ayyâdâ, Attartûchî, Ibn Arabî, Achchâtibî, Ibn Tayymiya et Ibn Al-qayyim.
Ensuite, le professeur définit le renouveau, qu’il appartient aux ulémas d’effectuer. Il est « le renouvellement des sciences de l’Islam et de son éthique après qu’elles aient semblé caduques aux gens », autrement dit énoncer derechef, suivant un style nouveau en phase avec l’époque, les principes de la religion, ses objets et ses sentences. Les ulamas sont priés de faire preuve d’aptitude à s’adapter pour être â même de s’instruire dans les disciplines modernes à l’image de pléiades de théologiens chrétiens.
La vocation des ulamas est d’enseigner à leurs disciples : la lutte contre la domination étrangère, contre les relents de l’hégémonie de la langue étrangère sur l’appareil de l’Etat, l’enseignement et dans la vie publique, leur inculquer le savoir-faire pour persuader la jeunesse de renoncer au marxisme. Il leur incombe, s’ils tiennent à mériter ce titre, de ne pas se distraire de la persistance de la colonisation juridique, de proclamer l’urgence contre la pauvreté, d’oeuvrer à l’amélioration des conditions de vie et de sévir contre l’alcool, la licence morale, le libertinage intellectuel, la mission apostolique chrétienne, le bohémianisme et l’athéisme. Et il termine par ces mots : « Les ulamas doivent dégager du Livre de Dieu, de la Sunna de Son prophète, de l’inspiration du salaf pieux, des leçons de la science moderne et des expériences des nations et des peuples ce qui garantirait à l’Islam d’être une finalité de changement requis dans l’édification d’une société musulmane moderne fondée sur l’authenticité de la religion et la modernité des organisations et des méthodes ».
La lecture comparative des deux conférences résumées ci-haut souligne l’importance du contexte de celle de 1973, notamment la manifestation des deux éléments suivants :
Le style y tendait à une parenté avec le soufisme au détriment du salafisme qui lui est détracteur, surtout une fois que celui-ci a accompli son rôle dans la mobilisation nationale initiale. L’implication de cette conférence dans l’incitation des ulamas à se dresser contre des phénomènes déterminés trahit la prime tendance nationaliste de Allal Al-fassi à mobiliser contre la présence étrangère.
Cependant, l’incompatibilité de cette propension avec la conjoncture de ladite conférence renseigne le lecteur sur la difficulté qu’aurait éprouvée ce dernier à livrer des propositions pratiques claires, dans les graves circonstances d’alors.
Les trois décennies passés ont été le théâtre d’une précipitation d’événements marquants dans le monde et plus particulièrement dans l’aire islamique, notamment le Maroc. Ces événements justifient la reconduction du discours autour de la mission des ulamas. L’événement décisif qui intéresse notre propos est la poussée de la démocratisation de la vie publique et principalement de l’activité politique.
La démocratisation recouvre la redistribution des rôles et leurs délimitations. Or, restreindre le discours aux ulamas seuls, à l’énumération de leurs mérites et devoirs, à l’évocation même des infortunes de certains d’entre eux, indépendamment des autres classes dont les rôles se définissent comme indispensables aux ulamas, ne sauraient seoir à leur estime et à la rigueur que nous leur reconnaissons. Ce qui sied plutôt et s’impose à celui qui s’apprête à étudier leur vie est de prendre en considération les autres éléments.
Se renseigner sur la vie des ulamas à la lumière des événements historiques est sans doute le moyen approprié qui puisse nous rapprocher de leur mission en relation à leur identité, déterminée par sa référence canonique et ses manifestations historiques. Ils ont émergé et se sont formés dans le contexte de la prédication islamique ; ils se sont situés entre la connaissance générale et la connaissance religieuse spécifique d’un côté, entre la connaissance et la foi de l’autre. La précellence accordée à la science (ilm) héritée du Prophète, que prière et salut soient sur lui, a dans les premiers temps assujetti leur évolution, au point que Hadith et ilm ont été confondus. Les avis ont néanmoins oscillé entre ceux à avoir banalisé toute science à l’exception unique du Hadith et ceux en revanche, Ibn Ro chd en donne l’occurence dans son livre Fasl al-maqâl (la distinction du discours), a avoir conclu à la sollicitude du Saint Coran pour l’étude la philosophie.
Les oulamas ont souvent été perçus comme un groupe fondateur structurant. Ils expriment la voix du commun des gens, ils influent sur le cours des événements et sont pérennes par-dessus la succession des États au pouvoir. A ce propos, il est nécessaire de distinguer théoriquement entre deux positionnements des ulamas. Lorsque d’un côté, ils se considèrent dépositaires de la légitimité et du mérite, grâce à une science spécifique, abstraction faite de l’obéissance du commun des gens ou de leur élite objet du sermon, de l’instruction ou du conseil ; lorsque de l’autre, ils considèrent que la finalité de cette légitimité et ce mérite est l’attachement des gens à leur personne ou la prédisposition à les suivre. Dans ce cas-ci, ils apparaissent comme un « type » de « représentants de la communauté ». Par ailleurs, une poignée de savants, durant le premier et le second siècles de l’hégire, s’est attelée à élaborer la jurisprudence, surtout à Médine, au sud de l’Irak ainsi que les capitales califales. La gestion en commun du consensus a plus ou moins été, dans ses grandes lignes, commode par rapport aux époques ultérieures. Cependant, ce consensus, bien qu’il leur ait procuré du poids, ne les a point fondés comme instance légiférante quant à l’effort d’interprétation appliqué aux textes. Les biographes sont en revanche unanimes à faire coïncider leur prise de conscience de l’existence et de la distinction avec ces débuts. Dans ce climat, s’est donc déroulée la circulation de hadiths qui assimilent les ulamas aux héritiers des prophètes, les font prévaloir contre les martyrs, singularisent les juristes (fûqahâ´) d’entre eux et privilégient la science (ilm) aux prières. De même, l’étude du fiqh et son exercice ont certes contribué à la grandeur de leur mérite, mais la connaissance du hadith les illustrait davantage, notamment leur filiation à travers l’isnad (la chaîne des témoignages) à la première génération. D’où la sacralisation de la mission des ulamas, grâce à ceux d’entre eux qui se situaient justement dans les isnad originels du hadith. Ils ont tous enseigné le Coran et la Sunna, quelques-uns se spécialisaient dans le fiqh et les sources de la religion (usûl ad-dîn). Ils se sont attachés à constituer un réseau universel de relations fructueuses, le voyage (rihla) aidant pour la science en général et la collecte du hadith. Aussi, leur science s’est-elle caractérisée et leurs fonctions a revêtu des attributs singuliers. Leur ont été dédiés des biographies, des chroniques, des relations et des livres des hiérarchies scientifiques (kutub at-tabaqât), rédigés pour la plupart par des ulamas, les traditionnistes (al-muhaddithûn) en particulier. D’aucuns ont présidé au corps des ulamas, ont acquis de l’ascendant à proportion des attestations qui leurs ont été remises. Au sein des diverses doctrines, des animateurs compagnons de leur imam ont fait leur apparition, certains d’entre eux ont été même désignés imam de leur temps ou cheikh de leur nation.
Dès ces temps de genèse, une pléiade d’hommes s’est affirmée au même titre que les ulamas passés maître en sciences. Ils avaient bénéficié d’une notoriété auprès aussi bien des gouvernants que du commun des gens en raison de leur renonciation, leur piété, leur soufisme, et si j’ose dire en raison de leur « science ésotérique ». La mémorisation de la science ascendere à travers les isnad sans faille jusqu’aux Compagnons du Prophète, que prière et salut soient sur lui, a été l’un des critères fondamentaux de l’identité du âlim. Ce faisant, l’échelle de classification établissait le traditionniste (al-muhaddith) devant le jurisconsulte (faqîh). Il est entendu que des ulamas ont aspiré à concilier des sciences diverses, particulièrement le hadith, le fiqh (la jurisprudence), la lecture canonique du Coran et l’exégèse (attafsîr).
Du temps des Abbassides, les califes ont pris soin de s’attirer la bienveillance des militaires et des ulamas. Au début de leur règne, ils ont disposé de l’obédience de toutes les groupes, les militaires, les kuttâb des diwân (les scribes directeurs des cabinets) aussi bien que les ulamas. Toutefois, le conseil d’Ibn Al Muqaffa à Ibn Jaffar Al Mansûr pour imposer un code de déontologie destiné aux ulamas est demeuré lettre morte. De l’avis des spécialistes, les ulamas ont, durant les cinq premiers siècles de l’Islam, laissé développer leurs habitudes et leurs groupements en presque autonomie de l’État. Cela ne récuse pas pour autant le fait que les Omeyyades les aient consultés et que les Abbassides leurs aient confié la charge de la justice et les aient mandés pour des ambassades. Malheureusement, ces dynastes ne leurs ont pas édifié des institutions consacrées à l’étude de la religion et du fiqh, quoique des mécènes il est vrai s’en soient occupés créant des établissements privés où l’enseignement est prodigué par les ulamas.
Les 4ème et 5ème siècles de l’hégire ont été marqués par les adversités et les crises qui ont affaibli le pouvoir. En contrepartie, les ulamas se sont démarqués grâce à leur rôle de solidarité envers les gens, notamment l’élite urbaine musulmane. Jusqu’à la moitié du 5ème siècle, ils ont constitué une élite religieuse, depuis ils ont commencé à se manifester comme une élite sociale et politique. Dans plusieurs cités, les liens se sont consolidés entre les familles d’ulamas, les propriétaires terriens, les directeurs de cabinet et les commerçants. Ensemble, ils se sont évertués à la gestion des activités citadines pour plusieurs décennies, dans un contexte de dissolution du pouvoir central abbasside et de divorce survenu entre les affaires politiques et les affaires religieuses.
Malgré cela, une dynamique solidaire a empreint les relations entre les ulamas du monde musulman qui les a amenés à apparaître comme une institution et les a entraînés à ce qu’on peut appeler un professionnalisme. La création des écoles (medersas) et la fondation des habous sont les conséquences de ce développement. Cependant le système de l’enseignement est resté le même, érigé sur le paradigme cheikh-disciple. Si les ulamas, durant les premiers siècles, tiraient leur subsistance soit de métiers en dehors de leurs spécialités soit de dons de mécènes, les institutions ultérieures de l’enseignement, équipées de locaux pour les étudiants et les enseignants, leur allouaient en revanche des subventions financières et en nature, sans que cette réalité nouvelle ait d’un autre côté empêché certains d’entre eux de continuer à s’adonner aux activités manuelles et commerciales.
Avec le temps, le professionnalisme a progressé. L’usage faisait que d’une part les princes nommaient aux chaires de l’enseignement et que de l’autre les ulamas contrôlaient eux-mêmes la nomination dans certaines institutions.
Ces derniers se situaient entre les gouvernants et le commun des gens. Etat des choses qui les habilitait à une sorte de médiation alors qu’il n’existait pas une discrimination franche entre les milieux sociaux. Ils n’adoptaient pas non plus des positions qui révélaient ou bien une adhésion absolue aux doléances des gens ou bien une partialité absolue en faveur des gouvernants. Les gens ont pu néanmoins discerner, parmi eux, des personnalités attractives pétries des vertus qu’ils croient requises pour être alîm.
Par ailleurs, leur groupe se constituaient dans des lignées scientifiques, celles que relatent les annales (akhbar) et les tabaqât. Ces lignées veillaient sur les relations personnelles fructueuses.
Le professionnalisme des ulamas a atteint un piédestal sous les Ottomans qui nommaient à leur tête un mufti ou un cheikh. Mais à partir du 7ème siècle, l’évolution générale de la science a commencé à souffrir d’inertie, preuve en est le discours d’Ibn Khaldûn dans la Muqaddima. Cette inertie et la médiocrité de nombre de ceux qui prétendaient appartenir au milieu des ulamas ont été exacerbées par le souci des apparences, le narcissisme et l’égocentrisme, sans parler d’autres travers dépréciés et vils.
L’approche réfléchie et déductive de l’histoire sociale des ulamas nous fournit des signes épars concernant les aspects de la relation qu’ils entretenaient avec les autres classes sociales, notamment le commun des gens et les gouvernants. Cette relation est forte théoriquement du statut des ulamas en tant que gardiens de valeurs dans lesquelles les gens sollicitent le salut, la protection, la quiétude grâce à l’orientation, l’intervention effective ou l’espérance. C’est-à-dire qu’elle est fondée sur un capital symbolique qui peut être efficient pour la vie quotidienne et de plus d’importance dans certaines circonstances exceptionnelles. Lorsque les ulamas se montrent convaincus d’un droit investi par ce capital symbolique et lorsque le commun des gens croit qu’ils sont de droit dépositaires de cette mission, alors l’efficacité de cette croyance ne peut que se manifester comme possibilités d’obédience et de mobilisation, c’est-à-dire qu’elle devient un pouvoir parallèle au pouvoir du gouvernant. Ce dernier est soucieux de son pouvoir qu’il monopolise sans partage, exerce sur l’ensemble des gouvernés et quand il daigne une quelconque concession aux ulamas il l’assortit de sa tutelle et de son contrôle. Plus encore, le gouvernant est en mesure, fort de la même référence religieuse, de prouver que lui reviennent toutes sortes de pouvoir et ainsi le débat à propos des prescriptions de ce partage, lequel d’ailleurs ne dépasse guère le devoir de conseil, s’avère sujet de la hantise de la discorde qui conduit à la résignation devant le fait accompli.
L’honorable auditoire n’ignorent sans doute pas les références textuelles et historiques qui soutiennent ces idées. Néanmoins, l’historique de cette relation illustre les trois cas envisageables, à savoir l’opposition et la confrontation de certains jurisconsultes, le compromis convenu ou imposée, enfin le retrait exprimé d’habitude par le terme « la rétention loin du sultan », c’est-à-dire le refus éthique de composer avec le gouvernant qui a du reste eu pour répercussion fâcheuse l’incursion des blasphémateurs courtisans et arrivistes. L’acte de principe pour accorder la légitimité politique s’est maintenue même si souvent il ne représentait que la consécration du fait accompli, de même l’attachement à cet acte afin de conserver les axiomes souhaités légalement. Il va sans dire que les ulamas n’ont pas été, du point de vue de l’efficacité, les seuls à s’accaparer cette légitimité, meilleure preuve en est les textes d’allégeance des Rois du Maroc qui se continuent jusqu’à ce jour. Ils y jouissent certes d’une présence indéniable mais aux côtés des chefs des tribus, des militaires, des dignitaires des chorfas, des notables négociants des villes et des représentants des zaouïas.
Rares sont les cas dans l’histoire où les ulamas ont mené la sédition contre les gouvernants parce que cela déroge à leur dogme. Ils n’étaient pas non plus, pour des raisons économiques et sociales, en mesure d’entreprendre un rôle similaire à celui des intellectuels révolutionnaires d’Europe lorsqu’ils ont encadré les mouvements historiques à l’origine des transformations politiques, sociales et intellectuelles. Les ulamas musulmans disposent dans le Saint Coran et le Hadith de toutes les orientations du changement. Cependant leur approche correcte, c’est-à-dire effective, est celle qui correspond à une lecture prospective en phase avec l’histoire où apparaît l’acteur agent. De surcroît, l’effort de pensée et d’interprétation requis ne s’est pas effectué, effort qui aurait pu faire de nous des précurseurs qualifiés à instruire une philosophie coranique de l ’homme, en dehors de contingences en termes d’obéissance et de rébellion. Plus grave, le simple fait de supposer aux ulamas la tâche d’enseigner les rudiments de la religion aux gens du commun, délaissé à la marge de la prescription coranique « lis », a suscité la suffisance et le mépris de quelques-uns.
Dans la société musulmane, une catégorie d’hommes jouissaient elle aussi d’un capital de pouvoir symbolique, ce sont les soufis. Ils s’en servaient pour appréhender les gouvernants et le peuple et consacrer leur présence dans le champ de l’acte social. Ils avaient leurs arguments d’être et leur projet d’intervenir auprès des gens grâce à cette culture que Allal Al-fassi avait appelé dans sa conférence la connaissance intime de l’âme (marifat annafs). Il se peut qu’il y ait eu, à un temps ou lieu donnés, une émulation au niveau du discours entre ceux qui se qualifiaient comme ulamas et ceux qui se présentaient comme soufis. Ahmed Baba l’illustre dans son ouvrage Tuhfatu al-fudalâ biba´di fadâili al-ulamas. Après avoir, dans la suite des chapitres de l’ouvrage, explicité les arguments d’appréciation entre les ulamas et les soufis, dans un débat savamment documenté, riche et agréable, il a privilégié les ulamas, sauf qu’il a conclu par un portrait exemplaire de l’âlim qui aurait pu lui coûter ses attestations (ijâzât) et le renvoyer aux inspirés de l’âme et aux ardents du coeur. Ahmed Baba dit : « Dans le compendium de cheikh Ibn ´alwân Al-misrî des Madârik de Al-qâdi ´Ayyâd inclus dans la biographie de Al-´Âbed Mahraz : il a été interrogé sur les ulamas et il a répondu : les ulamas sont les héritiers des prophètes, et il n’y a entre eux qu’un degré, c’est qu’ils ne reçoivent pas la Révélation, et moi je n’ai rencontré de alîm. On a dit : est comment est le alîm ? Il a répondu : il est pour les musulmans plus affectueux que celle qui allaite pour son nourrisson, s’il pleure elle veille et s’il se plaint elle gémit. Il ne se rassasie pas alors que les gens sont affamés, ne se pare pas alors qu’ils sont dénudés, ne jubile pas alors qu’ils sont soucieux, proclame le droit de Dieu transcendant, est désintéressé et lorsqu’il s’agit de Dieu, il ne craint le blâme d’un blâmeur et au mépris de la terre entière, des siens et de sa progéniture, il paye son dû et acquitte le leur, il n’est ni impérieux ni menteur ni avare, les musulmans lui sont tous égaux devant la loi, ne privilégie pas sa personne, et là où il rencontre un lèse Divin il le réprouve autant qu’il peut et s’il ne peut son coeur s’afflige de ne pouvoir honorer son devoir à l’égard des musulmans. Il ne ressemble aux ulamas de mauvaise foi qui consomme l’illicite alors qu’il leur est défendu et les gens les prennent comme modèle. Ceux-là sont des ulamas par la parole, incultes par les actes, la langue est celle du alîm, les actes ceux du vulgaire. Le Coran peut-être lu par un impie, les sciences sont un apprentissage et celui qui quête une science l’atteint, l’on ne considère pas la parole mais les actes, la science de nos prédécesseurs s’identifie aux actes, or nous sommes en un temps où leur science ne se sait que dans la parole. Les actes pieux sont comme source à la cime d’un mont, elle coule peu à peu, elle fait verdir et revivifie la terre, les actes damnés sont comme eau de mer qu’on ne peut boire, quand elle déborde elle décime, et l’homme pieux est comme la pluie fine, il s’infiltre dans la terre la reverdit, rassasie les croyants et le pays, l’homme dont la parole l’emporte sur les actes est comme la pluie torrentielle, elle déboule sur la surface de la terre, n’irrigue ni ne fleurit, et peu de science avec de la chasteté est salutaire qu’une pléthore de science dénuée de chasteté, et la chasteté et la vertu mènent à la science si tu ne le savais, et si tu obéis à Dieu et tu le surveille il te guide au chemin des justes, te fait connaître ceux qui le c raignent, là prend fin son discours que Dieu nous le rende bénéfique. » Ainsi, l’auteur recourt-il dans cet épilogue serein au modèle individuel. De même Allal Al fassi qui a conclu sa seconde conférence en évoquant les modèles de conduite. Entre At-tinbouctî, au 11ème siècle de l’hégire, et Allal Al fassi, au 14ème siècle, des mouvements initiés par des ulamas sont apparus dans l’aire musulmane, notamment le réformisme de Mohamed Abdou et Rachid Réda qui prônait le retour au passé, la suppression de l’intrus et la levée du despotisme, mais qui a manqué de mettre en place un programme de redressement relatif à ce dernier, se contentant de suggérer la chûra (consultation) sans définir sa gestion. Invoquer le modèle individuel de conduite a une importance capitale si l’on maîtrise les conditions minimales de la gestion du gouvernement, le modèle éthique demeurant subsidiaire en rapport aux garanties sur le séquelles reposent l’octroi des droits et l’application de la justice.
En réalité, l’on ne peut s’étonner que les ulamas musulmans n’aient pas formuler une théorie globale de l’homme, fondée sur sa bénédiction coranique, qui se nourrit de la croyance en l’homme en tant qu’homme, tel que la pensée intrinsèque à la démocratie moderne se l’est représenté. Plus encore, la théorie de l’homme parfait formulée par quelques maîtres de l’ésotérisme soufi n’a pas trouvé une continuité dans la réalité politique, au-delà des zaouïas dans l’enceinte desquelles ces soufis ont été contraints au retranchement, éloignés du centre de l’action, s’abandonnant à des élans spirituelles ardents dont on a rejeté même les plus simples expressions poétiques.
A cela s’ajoute la philosophie grecque au sein de laquelle se sont élaborées les premières expériences démocratiques historiques. Par la voix de Platon et Aristote, elle a douté que l’homme mérite cette perfection idéale menacée de toutes sortes de faussetés, comme la démagogie.
Bien qu’il se soit écoulé plus de deux millénaires depuis l’échec du premier essai démocratique en terre grecque, bien que l’histoire européenne post-Renaissance ait découvert progressivement le concept nouveau de peuple, bien que les philosophies politiques se soient acheminées à la formule du contrat social qui devrait régir la relation entre le peuple détenteur de la souveraineté et les gouvernants, l’expérience démocratique en exercice actuellement a été entravée par des appréhensions théoriques qui ont affecté le débat autour de ce qu’allait être le gouvernement équitable. Entre temps, l’expérience moderne imprégnait déjà le vécu en Amérique où elle s’est amorcée spontanément au 19ème siècle dans le respect des différences, des croyances et des coutumes. La démocratie aujourd’hui, fécondée par la pensée critique, est parvenue, après des rectifications et des amendements, à pallier ses défauts et se place désormais dans ses dimensions représentatives, locales, sociales et participatives, à distance du concept superficiel et simpliste qui naguère la définissait comme le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple. Elle est actuellement un modèle de gestion de la diversité et la variété sans menace de l’unité. Modèle qui coïncide avec une liberté responsable. Elle est comme le soutient l’un de ses théoriciens, Georges Burdeau en l’occurrence : page16.
Le régime démocratique d’élection des représentants de la communauté (ummâ), à l’échelle national et local, s’est avéré un usage dont le bénéfice s’est manifesté dans nombre de pays musulmans. Il est devenu dans notre patrie, suite à une expérience en progression positive, une évidence qui a ses caractéristiques de fonctionnement licite. Malgré cela, certains esprits requièrent encore un effort de persuasion authentificatrice qui libère leurs potentialités des inhibitions, qui écarte les soupçons d’hésitation et d’indécision d’un petit groupe de gens et qui résorbe la réception passive du commun des gens. Espérons que les ulamas s’évertuent à oeuvrer dans cette authentification pour que soit rehaussé le piédestal de l’adhésion à la pratique démocratique, du statut de devoir national à celui de devoir religieux transparent. A propos encore de cette authentification, je ne trouve plus édifiant que la logique de l’étude établie par Youssouf Al-qaradâoui concernant le jugement du légalisme musulman appliqué à la démocratie. En réponse aux suspicieux, il dit en substance : Tout jugement porté sur un acte doit être fondé sur la jurisprudence distinctive (fiqh al-muwâzanât), s’il s’avère que le bien de la communauté sollicite l’exercice de cet acte, il est alors licite. Ensuite, le jugement d’un fait est partie de sa conception, aussi, n’est-il pas autorisé de juger de la démocratie en l’absence d’une connaissance profonde de son essence. La démocratie que réclame les peuples du monde, pour laquelle des foules innombrables d’Orient en Occident se sacrifient, à laquelle des peuples, après une lutte amère contre les tyrans, sont parvenus, lutte de sang et d’abnégation pour des milliers sinon des millions de victimes, comme en Europe de l’est et ailleurs, que beaucoup d’islamistes considèrent le moyen acceptable pour réprimer la fougue du gouvernement individuel et élimer les griffes du despotisme politique sévissant aux dépens de nos peuples arabes et musulmans, cette démocratie est-elle une hérésie ou une mécréance comme le ressassent quelques impatients superficiels ?
L’essence de la démocratie est que les membres de la nation élisent ceux qui les gouvernent et qui vaquent à leurs affaires politiques, se réservent le droit de les sanctionner en cas d’erreur, de les démettre en cas de fourvoiement, de se savoir préservés d’être délibérément égarer dans des orientations qu’ils ignorent, économiques, politiques et culturelles.
Là réside l’essence de la démocratie véritable pour laquelle l’humanité a trouvé des formules et des modes opératoires, tels que les élections, le suffrage universel, le bien-fondé de la majorité, le multipartisme, le droit de la minorité en opposition, la liberté de la presse, l’autonomie de la justice.
Son essence est intime à l’Islam, en sont la preuve la campagne du Saint Coran contre les usurpateurs qui allèguent le droit divin sur terre, le mépris qu’il voue aux peuples veules sous le joug des tyrans et l’injonction de la Sunna à l’encontre des comploteurs sans scrupules. L’Islam a décrété que la chûra est l’un des critères de la vie musulmane au point de considérer le conseil au même titre que toute la religion, tel le conseil prodigué aux imams des musulmans, c’est-à-dire leurs princes et gouvernants. Il a également considéré la prescription du louable et la proscription du blâmable un devoir irrévocable.
L’apanage de la démocratie est qu’elle s’est acheminée, durant son combat séculaire contre les persécuteurs et les oppresseurs, à des modes et des mécanismes qui demeurent jusqu’à ce jour les meilleures garanties de la protection des peuples de la tyrannie, quoiqu’ils ne soient pas exempts de tout reproche et manque, inséparables d’ailleurs de l’oeuvre humaine.
Rien n’empêche l’humanité, ses penseurs et ses dirigeants, de réfléchir sur des modes et des manières autres dans l’espoir d’aboutir à ce qui est achevé et idéal. Dans l’entre-temps, il nous semble obligatoire de s’inspirer des régimes démocratiques à proportion de ce qui convient au règne de la justice, à l’exercice de la consultation et l’établissement des droits de l’homme. L’une des normes canoniques stipule que toute condition à l’accomplissement du devoir est un devoir et que les finalités canoniques attendues, en disposant d’un moyen à leur effectuation, confèrent valeur de finalité au dit moyen.
Aucune clause canonique n’interdit de s’inspirer d’une pensée théorique ou une solution pratique autres que celles de l’Islam. Les élections attestent d’un témoignage ; l’appel à la démocratie ne réfute pas l’Omnipotence de Dieu sur l’homme du moment que la Constitution énonce que l’Islam est la religion d’État, que la majorité est un atout incontestable, majorité que les musulmans représentent dans un pays musulman. Ensuite, la liberté politique est ce dont les musulmans ont besoin aujourd’hui, le multipartisme prédispose à la diversification de l’effort, l’organisation du conseil et à une architecture sous forme de forces politiques justifiées par cela même qui justifie la pluralité des doctrines dans la jurisprudence (fiqh). Nous avons passé en revue les missions classiques des ulamas dans l’histoire. Cette revue nous a montré que l’effort d’interprétation dédié à l’une des sources authentiques de la religion, à savoir la chûra, ne s’est pas approfondi au point d’en déduire un mode opératoire de gestion. En réalité, sa déduction aurait été inenvisageable parce que les circonstances objectives, économiques et sociales, en plus de la théorisation intellectuelle n’ont pas conduit, dans le contexte de l’histoire islamique, à la découverte du concept moderne de peuple, souverain, mobilisable comme force de pression à l’encontre des gouvernants afin qu’ils consentent à la répartition du pouvoir.
Attendu que cette découverte a eu lieu dans le contexte européen en théorie et américain en pratique, notamment au 19ème siècle ; attendu que le salafisme de la renaissance a diagnostiqué le déclin des musulmans dans deux causes principales, l’une vague sinon ambiguë ERREUR DE SENS DUE À L’AUTEUR..................., l’autre concernant en revanche l’avéré du despotisme ; attendu que des ulamas, penseurs honnêtes et appliqués, tels Allal Al fassi et Youssouf Al-qaradâoui, ont aspiré à lire le livre du monde, celui de l’histoire révolue et présente, à l’utiliser comme support nouveau pour expliquer les textes, ont adopté le registre du militantisme de l’humanité pour les valeurs humaines exemplaires et ont crédité la démocratie de l’efficacité nécessaire à la concrétisation d’une finalité islamique fondamentale, la mission classique des ulamas doit par conséquent faire l’objet d’une révision, sans pour autant négliger les deux raisons suivantes : Le contexte de la démocratie a engendré des groupes nouveaux qui prennent part à la mission habituelle des ulamas. L’impératif d’intégration de toutes les missions des acteurs sociaux dans le contexte démocratique, afin d’échapper au risque de la marginalisation, de l’atypisme ou de la confrontation avec le choix du groupe, choix à respecter parce qu’il est fondé sur un intérêt éprouvé ou à la rigueur sur une nécessité.
L’alîm étudiait les sciences de la loi religieuse, il en était transmetteur par le biais de l’enseignement, la prédication et le sermon. Il contribuait au devoir de la prescription du louable et la proscription du blâmable, intervenait auprès des gens pour leur bien, notamment l’établissement d’une certaine équité. Mais aujourd’hui, l’opération de l’enseignement et de l’information s’est généralisée et le savoir-faire dans tous les domaines scientifiques n’est plus du privilège seul des ulamas dans le sens évoqué.
La prescription du louable et la proscription du blâmable relativement à la politique et aux transactions relève à présent des compétences d’institutions démocratiques consacrées, dont le parlement et le gouvernement que le premier contrôle. L’information sur les travers de la vie publique est devenue la préoccupation de la presse ; la justice et la police dans leur variété ont développé des méthodes nouvelles pour traquer la criminalité et mener certaines opérations assimilables à la hisba dont le domaine est incomparable à celui de la hisba ancienne. Pour la défense, l’État s’est doté d’une armée experte sous l’égide de Amir Al-mûminîn.
Concernant l’aide aux persécutés, aux frustrés, aux déshérités et aux affamés, simultanément à l’action des milieux gouvernementaux, participent les acteurs de la société civile, c’est-à-dire la société parallèle à l’institution de l’État.
Devant l’apparition de tous ces acteurs, l’érection de l’État moderne fondé sur le droit, la manifestation d’une dynamique sociale nouvelle forte de la conscience de l’intérêt général et du contrat qui lie la société à l’instance gouvernante, il faut esquisser une approche des nouveaux rôles des ulamas, surtout que nous sommes dans un monde où s’épanouit l’oeuvre des puissances du bien à proportion qu’y sévissent les puissances du mal. A notre avis, la première étape dans l’approche de la mission des ulamas de l’Islam est de négocier leur place dans la démocratie. Nous exprimons notre proposition à ce sujet comme suivant : L’obligation des ulamas de l’Islam de croire en la démocratie, croyance exempte des relents du soupçon et de attaqiyya ( Note du traducteur : le fait de taire et de rendre secrète sa foi, et par extension sa conviction ou plus simplement son opinion). L’adhésion des ulamas de l’Islam à la démocratie, considérée comme un devoir religieux qui ressortit au respect de la volonté de la communauté. L’acte des ulamas à se représenter les valeurs de la démocratie en symbiose avec leur conception de l’effort d’interprétation en vue de défendre les démocrates contre ceux que Allal Al-fassi a qualifié de blasphémateurs et Al-qaradâoui de superficiels, contre encore les sots, les dupes et les perfides. Personne n’est sans savoir ce que cette défense comporte comme justifications pour protéger la communauté et lui éviter la discorde contre laquelle les Ancêtres prédécesseurs se sont solidarisés. Mais il faudrait qu’elle s’appuie sur la preuve légale à l’instar des oeuvres des grands maîtres savants qui ont défendu la Sunna tout a u long de l’histoire de l’Islam. Les ulamas doivent se convaincre de l’universalité des expériences humaines sous le Royaume de Dieu transcendant, doivent privilégier la quête de la sagesse qui constitue la raison d’être du croyant de par le passé et le présent de l’humanité. Passé et présent dont l’étude méticuleuse est à inclure dans les programmes de formation du nouveau âlim. Les références universelles des droits, telles qu’elles sont dictées au pays musulmans montrent l’handicap d’essor à combler sans que la source étrangère de l’élément utile soit un complexe qui entrave l’acceptation de vérités qui demeurent dans l’horizon de notre religion et auxquelles l’histoire ne nous a pas disposés à y accéder. Le discours s’adressant « à ceux qui ont cru » est ce qui nous concerne dans le Saint Coran tandis que le discours « à toutes gens » est ce à quoi nous devons atteindre et y participer. L’effort des ulamas à accepter la pluralité inhérente à la démocratie, en faisant montre d’une magnanimité d’inspiration divine qui les préserve du malaise devant la différence, autant dans la religion, l’opinion que la conduite. Effort à circonscrire dans l’espace régi par les lois du pays et que l’intérêt de l’Islam recommande en regard des priorités et des ressorts de la communauté. Cette acceptation et cette magnanimité reflètent la confiance en Dieu et en soi fondée sur l’idée que le modèle présenté par les ulamas est susceptible de convaincre les gens et de les séduire loin de t outes sortes d’imposition. L’acceptation par les ulamas de la spécialisation propre à la démocratie au niveau des instances d’autorité et des institutions, de manière que chacun assume son devoir dans les limites de ses responsabilités. L’acceptation par les ulamas du principe de la liberté, synonyme de la démocratie. Ce concept de liberté n’a pas abouti chez les penseurs musulmans à la mobilisation pour les grandes causes. Au niveau individuel, il est sollicité du musulman dans l’exercice de sa liberté qu’il se conforme aux croyances et qu’il veille au respect de la conduite consacrée par quelques instructions. Cependant, concernant la surveillance de la communauté (al-jamâa), par les ulamas en l’occurrence, il doit y être fait cas de l’exigence de repousser le mal et du critère d’excellence dans les choix au niveau des individus. L’on n’avait guère prévu d’activer cette fierté de la liberté et l’aspiration dont elle est l’objet au niveau politique à l’aide du choix du gouvernant par les gouvernés, sachant que le climat général de la culture musulmane a dissuadé toute forme de soumission absolue de fait. Sans doute que le pouvoir, en regard de l’insuffisance des moyens pour l’exercice centraliste, s’était alors largement effrité. Du point de vue métaphysique, les musulmans ont privilégié le thème de la liberté restreint à la relation du Créateur à sa créature, mais ceux qui ont atteint un niveau élevé dans cette étude sont les soufis. La liberté chez eux est une position (maqâm) dans l’échelle de progression dans les paliers (darajât) de la bénédiction, tel que l’expliquent Sarraj, dans son livre Alluma´ (scintillements), et Al-qûchayrî, dans son épître (Risâlat). La liberté du soufi est une libération de tout. Et dans la relation à Dieu, la liberté exprime la fidélité absolue comme chez Ibn Arabi. Que les intéressés aux sciences religieuses se penchent sur l’étude philosophique et éthique du thème de la liberté de manière plus étendue que celle à laquelle ont abouti les écoles de théologie dogmatique est aujourd’hui vivement recommandé, en soumettant par exemple à l’appréciation légale suprême l’aphorisme d’Épictète sur la liberté de l’individu : page 22. Une multitude de penseurs, philosophes et juristes occidentaux s’est évertuée durant des siècles à apprivoiser cet énoncé. Que n’avons nous pas besoin de nous attarder sur ce travail ! Et si nous voulons d’un côté le soumettre aux conditions de la liberté déductibles des sources, il est nécessaire que cela coïncide avec l’appréciation canonique d’un autre thème, à savoir la responsabilité, parce qu’on ne peut dissocier les trois thèmes de la démocratie, la liberté et la responsabilité, desquelles le spécialiste de la Loi islamique est appelé à pénétrer l’essence. Après avoir présenté ces sept propositions relatives à l’assimilation de la mission des ulamas aux missions de la société démocratique, nous poursuivons par une autre condition mais dans l’autre sens, à savoir l’intégration de la démocratie dans l’Islam. Telle est la mission des ulamas, moraliser la démocratie et la spiritualiser, c’est-à-dire la munir de ce qui lui fait défaut ou de ce à quoi elle aspire comme spiritualité. Les ulamas musulmans ont suffisamment de charis me auprès des foules qui les prédisposent à réaliser cet objectif. Pour l’humanité, la perfection gravite autour de la religion, celle-ci autour de l’éthique, l’éthique est des états spirituels, des illuminations et des modèles. Le thème de la moralisation de la démocratie et sa spiritualisation est susceptible d’être le vaste programme pour la mission des ulamas, à un âge aux horizons ouverts sur infiniment de bien et de réussite pour cette religion. Cela signifie la moralisation des instruments de la prescription du louable et la proscription du blâmable par le biais de la moralisation de l’individu qui y adhère et qui les gère dans les institutions spécialisées tout en veillant au respect de la loi. La moralisation de la démocratie grâce à la contribution décisive des ulamas dans le Royaume du Maroc va renforcer le modèle singulier à la co nstruction duquel il tend sous l’égide de Amir Al-mûminîn ; les ulamas étant à même de moraliser par la conduite, l’éducation et la supervision morale noble, évitant la mauvaise gestion, veillant aux priorités qui peuvent être définies sur la base de critères légaux et éclairés. Le respect de la transparence démocratique. La considération de la sophistique dans le discours et la pensée, quelle que soit son origine, comme préjudiciable à la déontologie de cette transparence et donc à prévenir grâce à la sagesse des ulamas qualifiée de meilleure des sagesses. Le respect de toutes les lois émises dans le contexte de la démocratie comme faisant partie de la gestion des intérêts des musulmans et elle le sont tant qu’elles ne contredisent aucun des énoncés formels et décisifs de la Loi islamique.
Peut-être que cet exposé, malgré sa longueur, parvient à trancher sur un point important relatif à la question : qui est l’alîm ? Il n’est de réponse définitive sauf à dire : ou bien l’alîm est celui qui se présente lui-même comme tel, celui-là est un alîm pour lui-même sans plus, et il lui est défendu tout genre d’indiscipline parce qu’il ne tire la légitimité d’intervention dans les affaires publiques que de sa propre illusion ; ou bien il est celui à qui les gens reconnaissent certains attributs tels qu’ils se les représentent. A propos de quelques-uns d’entre ces derniers, il nous est peut-être permis de parler de l’alîm organique, comme certains théoriciens parlaient de l’intellectuel organique, qui adhère de par son être et sa conduite dans le triomphe d’une foi pour laquelle il possède les instruments d’élucidati on et de clareté. Dans un article publié en 1979 par la revue Da´wat al-haq, le professeur Abdallah Guennoun, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, a distingué dans l’histoire du Maroc entre les ulamas transmetteurs et les ulamas rénovateurs. Les transmetteurs sont l’ensemble des spécialistes de la Loi islamique qu’ils inculquent en tant qu’éducateurs, prêcheurs et exhortateurs. Les rénovateurs sont les intervenants qui agissent sur les coutumes des gens et renouvellent leur espérance dans la vivacité de la religion en ce qui concerne le dogme, les relations ou la sauvegarde de la dignité de la umma. Leur intervention consiste à fortiori dans la proposition d’une réforme fondée sur un système de pensée et de conduite nouveau. Les ulamas sont demeurés libres de leurs initiatives tandis que, dans notre expérience actuelle, ils sont intégrés à l’institution de Imârat Al-mûminîn, en est la preuve la création du haut conseil scientifique et des conseils scientifiques. Ils se préparent désormais à fournir un soutien vigoureux et une mobilisation large, ceci dans un cadre qui détermine les compétences dégagées de la nature de la mission des ulamas sans la confiscation d’aucun de leurs droits. Le droit des ulamas n’a par ailleurs nullement été un quelconque jour un droit personnel ou sectaire, mais il l’a été pour servir la cause des musulmans. Dans ce climat démocratique en train de se constituer, il y a lieu d’oeuvrer au dépassement de nombre d’écueils qui entravent la mission des ulamas, de manière toutefois qui observe les impératifs du système démocratique. Le fait ne concerne pas seulement les ulamas membre des conseils mais la totalité des ulamas convaincus de leur mission, au-delà de raisons, causes et considérations quelles qu’elles soient. L’attachement des ulamas à Imârat Al-mûminîn est le dogme irréductible qui qualifie le Maroc à ériger le modèle d’un pays qui défend l’Islam non par complaisance verbale à laquelle peut-être personne ne prêterait attention, mais grâce à une expérience en exercice inédite dans laquelle leur soutien morale contribuerait au renforcement de l’État, au développement de l’économie, à la promotion de la science et de la culture, à l’appui de la famille, à l’éducation des générations à venir, à la persuasion de la jeunesse, de manière qui lui sied, des valeurs qui la protègent de l’absurde. Les inhibitions que les phobies suscitent parmi ceux qui craignent pour la religion doivent être levées afin que les énergies concourent dans cette expérience, fortes en cela de la ferme garantie qui s’est manifestée dans le récent code de la famille, garantie représentée par Amir al-mûminîn. Il est la jonction entre les affaires temporelles et les affaires spirituelles. Avant de clore ce discours, je voudrais mentionner que les programmes de formation du alîm de la religion en vue de notre avenir sont un souci présent à l’esprit, mais son étude recommande une parole indépendante de notre sujet-ci. Honorables ulamas Honorables alimâtes Le cas est plus grave qu’un simple échange d’idées, le temps nous est court et la perfidie est aux aguets, or il ne reste à celui qui appartient à cette classe issue du sentiment religieux que de s’interroger et d’interroger ses frères collègues : comment pourrais-je défendre ma patrie et comment pourrais-je la protéger des discordes ? Les solutions ne font jamais défaut aux dévoués. Mais celui qui ignore quoi faire qu’il se garde d’agir avant qu’il ne sache lucidement. Et que Dieu nous assiste.
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